Archive pour la catégorie ‘Le monde selon Monsanto’

La fin des OGM en Inde?

Samedi 12 mai 2012

Mauvaise nouvelle pour les lobbyistes qui s’acharnent sur ce Blog: des informations récentes confirment ce que j’ai révélé dans mes deux précédents films et livres « Le monde selon Monsanto » et « Notre poison quotidien ».

Publiée dans Le Monde du 27 avril, la première concerne l’échec du coton transgénique en Inde que je n’ai cessé de dénoncer, documents et témoignages à l’appui,  depuis la sortie de mon enquête sur Monsanto. Récemment encore, je publiais un extrait de mon livre (voir sur ce blog), où je rapportais le suicide massif des paysans de la région de Vidharba (Etat de l’Andhra Pradesh), qui s’étaient lourdement endettés pour acheter les « semences miracles » et avaient vu leur récolte réduite à néant, en raison de la fragilité du coton BT. J’avais moi-même pu assister à l’inhumation d’un jeune paysan de vingt-cinq ans, qui s’était suicidé en avalant du pesticide (photo).

Mon texte (et photos) avait suscité un déchaînement intempestif des lobbyistes de l’industrie qui prétendaient, au contraire, que les OGM de Monsanto et consorts faisaient le bonheur des paysans indiens ! Las ! Le gouvernement de l’Andhra Pradesh  vient d’annoncer que la récolte dans cet Etat cotonnier est inférieure de moitié à celle de l’année précédente et d’ordonner que Bayer CropScience, le confrère de Monsanto, paie des compensations aux paysans sinistrés.

L’article du Monde cite le directeur de l’Institut de la recherche sur le coton qui « met en garde contre la vulnérabilité accrue du coton transgénique contre les bactéries », chose que deux scientifiques indiens rencontrés pour mon enquête soulignaient déjà ! Il note aussi que les OGM, - qui sont des créations de laboratoire, sans aucun rapport avec les réalités agronomiques du terrain ( les tests pratiqués en champs représentent de véritables farces, ainsi que je l’ai aussi révélé) -, sont de grands consommateurs d’engrais chimiques et d’eau, pour pouvoir donner des rendements corrects et être en mesure de résister aux parasites. Or, ce modèle agroindustriel , gourmand d’intrants, ne convient absolument pas à l’Inde, où l’immense majorité des paysans sont de petits producteurs exploitant rarement plus qu’un hectare. Je souligne, au passage, que ce modèle est aussi à l’origine de l’effondrement des revenus des grands céréaliers américains, dont les coûts de production n’ont cessé de grimper depuis l’avènement des OGM, ainsi qu’on le verra bientôt dans mon prochain film et livre:

www.m2rfilms.com

Le dernier paragraphe de l’article du Monde confirme aussi ce que j’ai montré il y a déjà quatre ans : les semences traditionnelles et locales de coton ont quasiment disparu, rendant problématique une sortie du désastre transgénique. La raison ? Le rachat par Monsanto et consorts des compagnies semencières locales qui a permis de faire disparaître les semences locales, en imposant des semences transgéniques. Un sinistre tour de passe-passe qui permet, ensuite, aux lobbyistes de saluer la progression des OGM en Inde ! Or, cette progression ne signifie en rien l’adhésion des paysans indiens aux OGM, mais constitue, au contraire, la preuve que Monsanto et autres Bayer ont réussi leur holdup sur le pays.

Ainsi qu'on le verra dans mon prochain film et livre, l'alternative à ce modèle suicidaire c'est l'agro-écologie qui représente un mode de production durable, respectueux des ressources naturelles et efficace, permettant aux paysans de vivre dignement de leur travail  de façon autonome. Tout le contraire des OGM qui ont transformé les paysans en de nouveaux serfs de l'industrie...

Je retranscris ici l’article du Monde et invite les internautes à surfer sur mon blog ou à lire Le Monde selon Monsanto (il n’est jamais trop tard !)

Dix ans après son introduction en Inde, le coton transgénique n'a pas rempli toutes ses promesses. La plante est vulnérable à de nouvelles maladies et la hausse des rendements est moins élevée que prévue.

Le gouvernement de l'Etat de l'Andhra Pradesh a ainsi annoncé qu'en 2011 la récolte sur près des deux tiers de ses surfaces cultivées avait été inférieure de moitié à celle de l'année précédente. Et, pour la première fois, le gouvernement du Maharashtra ainsi qu'un tribunal d'un Etat voisin, le Madhya Pradesh, ont ordonné au semencier allemand Bayer CropScience de verser près de 850 000 euros de compensation à plus de 1 000 agriculteurs pour leur avoir vendu des semences n'ayant pas donné les récoltes promises.

L'entreprise allemande rejette toute responsabilité et met en cause la "mauvaise gestion des récoltes ainsi que les conditions météorologiques difficiles". Elle étudie un recours en justice pour obtenir l'annulation de ces décisions.

Depuis l'introduction, en 2002, du coton génétiquement modifié en Inde, les récoltes ont doublé et le pays s'est hissé au rang de deuxième producteur mondial. Mais la "révolution blanche", comme on la surnommait au départ, suscite désormais la méfiance. Les opposants aux OGM estiment qu'au début des années 2000 la hausse des rendements était due, en grande partie, à une meilleure irrigation et à des conditions météorologiques favorables. Au cours des six dernières années, le rendement moyen par hectare a stagné alors que les cultures de coton transgénique ont plus que quadruplé.

VULNÉRABILITÉ AUX BACTÉRIES

En 2009, Monsanto a admis pour la première fois que sa variété de coton Bollgard avait perdu toute résistance au ver rose dans des champs du Gujarat, à l'ouest du pays. Deux ans plus tard, le directeur de l'Institut pour la recherche sur le coton (CICR), Keshav Raj Kranthi, a mis en garde contre la vulnérabilité accrue du coton transgénique aux bactéries.

"La productivité dans le nord de l'Inde devrait décliner en raison de la baisse du potentiel des semences hybrides, de l'apparition du problème du virus de la frisolée sur les nouvelles semences hybrides génétiquement modifiées et d'un haut niveau de vulnérabilité aux parasites suceurs (les variétés non génétiquement modifiées étaient résistantes)", lit-on dans un rapport publié en mai 2011. M. Kranthi constate également que les semences transgéniques consomment davantage d'eau et de nutriments, conduisant à l'épuisement des sols. Elles ont donc besoin d'engrais pour donner des rendements maximaux.

Ces engrais, insecticides et semences génétiquement modifiées ont un coût. Les paysans doivent s'endetter, souvent auprès d'usuriers locaux ou directement auprès des vendeurs de semences et d'engrais. La moindre chute des cours du coton ou des conditions météorologiques défavorables débouchent parfois sur des tragédies. En 2006, dans la région de Vidarbha, des milliers de paysans qui ne pouvaient plus rembourser leurs dettes se sont suicidés en ingurgitant des pesticides.

APPEL À UN MORATOIRE

Le coton OGM est une nouvelle technologie qui nécessite un savoir-faire pour être mise à profit. Chacune des 780 variétés mises sur le marché indien correspond à un type de sol particulier et à des besoins différents en engrais. Pour éviter que les bactéries ou insectes développent des résistances aux variétés transgéniques, des semences locales doivent également être plantées dans de justes proportions.

"Les petits paysans n'ont aucune idée de ce qu'ils achètent et savent encore moins comment faire pousser ces nouvelles variétés. Leur savoir-faire traditionnel est en train de disparaître", s'alarme Sridhar Radhakrishnan, de la Coalition pour une Inde sans OGM.

En cas de défaillance des récoltes, l'Inde n'a prévu aucune disposition juridique pour permettre aux agriculteurs de réclamer des compensations. "Si quelque chose ne va pas ou si les fermiers sont en difficulté, les Etats doivent prévoir des lois qui obligent les entreprises à leur verser des compensations", a admis devant le Parlement indien le ministre de l'agriculture, Sharad Pawar, le 30 mars.

Dix ans après l'introduction du coton transgénique, les semences locales ont quasiment disparu. Le marché des semences transgéniques, installé à grand renfort de publicité, est estimé à 280 millions d'euros. Les semenciers promettent de commercialiser des variétés encore plus résistantes et moins consommatrices d'eau ou d'engrais. Les opposants, eux, appellent à un moratoire sur la culture du coton transgénique en Inde.

Prochain article : la maladie de Parkinson reconnue comme maladie professionnelle

Un rapport accablant sur les OGM de Monsanto

Vendredi 6 avril 2012

"Combattre Monsanto: résistance populaire au pouvoir de l'industrie agro-alimentaire à l'heure de  ' l''économie verte' et du changement climatique": c'est le titre du rapport que viennent de publier l'organisation paysanne  Via Campesina, et les associations Combat Monsanto et Les amis de la terre. Je conseille vivement de lire ce document très informé qui dresse un bilan sans appel des cultures transgéniques et de leurs impacts désastreux sur la biodiversité, l'environnement, et la vie des paysans, menacés de ne plus pouvoir assurer leur fonction essentielle: celle de nourrir le monde:

http://www.combat-monsanto.org/spip.php?article954

Je profite de la sortie de ce rapport, pour mettre en ligne une vidéo qu'un internaute vient de me signaler. Elle concerne une conférence que j'ai donnée à Paris, le 10 juin 2008, après la projection de mon film Le monde selon Monsanto, organisée, à Paris,  par le centre Europe Tiers Monde (CETIM).

C'est une manière de répondre à l'une des questions que l'on me pose souvent, à savoir pourquoi j'ai réalisé ce documentaire (et livre) et comment cette enquête sur l'un des plus grands pollueurs de l'ère industrielle s'inscrit dans les travaux que j'ai réalisés précédemment. Comme je l'ai écrit, les films s'enchaînent comme les perles d'un collier, un thème me portant vers un autre. Au terme de mon exposé, le lecteur comprendra aussi pourquoi l'enquête sur Monsanto m'a conduite à Notre poison quotidien, lequel a débouché sur le film et livre que je prépare actuellement, intitulés provisoirement "Comment on nourrit les gens?":

http://www.m2rfilms.com/


Marie-Monique Robin: Le monde selon Monsanto par tchape1

Inde: les semences du suicide

Lundi 27 février 2012

Je profite, une fois de plus, des mensonges proférés par les lobbyistes de l'industrie,  pour rappeler l'échec patent du coton transgénique en Inde, notamment pour les petits producteurs qui représentent l'immense majorité des paysans du pays.

Aujourd'hui, un paysan se suicide toutes les trente minutes dans le sous-continent, ainsi que l'ont confirmé de nombreux rapports, dont l'un a été rédigé par le Centre des droits de l'homme de l'Université de New York. Je recommande aux anglophones d'écouter cette interview de Smita Narula, co-auteure du rapport. Elle y évoque notamment le rôle des OGM dans la recrudescence des suicides chez les paysans indiens:
http://www.treehugger.com/green-food/indian-farmer-suicides-one-every-30-minutes.html

A lire aussi cet article proposé par un commentateur sur mon blog:

http://www.affaires-strategiques.info/spip.php?article4519

Pour ma part, je mets en ligne une partie du chapitre que j'ai consacré à ce drame dans mon livre Le monde selon Monsanto - on estime que plus de 210 000 paysans indiens se sont suicidés au cours des treize dernières années, avec une augmentation considérable après l'introduction des OGM. J'ai illustré cet extrait de mon ouvrage avec des photos du tournage. Depuis mon voyage en Inde, fin 2006, Monsanto a reconnu l'échec de son coton BT, les insectes étant devenus résistants à l'OGM insecticide, un phénomène que tous les entomologistes indépendants avaient prévu et qui caractérise aussi, aujourd'hui, les cultures de maïs transgénique aux Etats Unis (Le Monde, 31/8/2011). C'est ce qu'a confirmé une nouvelle étude réalisée par le biologiste américain Aaron Gassman de Iowa State University:

http://www.ent.iastate.edu/dept/faculty/gassmann/

Gassmann, A. J.,  Petzold-Maxwell, J. L., Keweshan, R. S., and Dunbar, M. W.  2011.  Field-evolved resistance to Bt maize by western corn rootworm.  PLoS ONE 6(7): e22629. doi:10.1371/journal.pone.0022629.

http://ogm.greenpeace.fr/grande-premiere-en-inde-monsanto-avoue-l-echec-de-son-coton-bt

http://www.combat-monsanto.org/spip.php?article576

EXTRAIT DE LE MONDE SELON MONSANTO

En ce mois de décembre 2006, à peine sommes-nous arrivés que le cortège funèbre apparaît au détour d’une ruelle blanchie à la chaux, déchirant la torpeur de ce petit village indien écrasé par le soleil. Vêtus du costume traditionnel — tunique et pantalon de coton blanc —, les joueurs de tambour ouvrent la marche qui se dirige vers la rivière toute proche où le bûcher a déjà été dressé. Au milieu du cortège, des femmes en pleurs s’accrochent désespérément à de robustes jeunes gens au regard sombre, qui portent à bout de bras une civière recouverte de fleurs flamboyantes. Saisie d’émotion, j’aperçois le visage juvénile du mort qui émerge d’un drap blanc : paupières fermées, nez aquilin et moustache brune, je n’oublierai jamais cette image fugitive qui entache d’infamie les « belles promesses » de Monsanto.

« Trois suicides par jour »

« Pouvons-nous filmer ? », demandé-je, prise d’un doute subit, alors que mon cameraman m’interroge d’un signe de tête. « Bien sûr », me répond Kate Tarak , un agronome qui dirige une ONG spécialisée dans l’agriculture biologique et qui m’accompagne tout au long de ce périple dans la région cotonnière de Vidarbha, située dans l’État du Maharashtra, au sud-ouest de l’Inde . « C’est pour cela que Kishor Tiwari nous a emmenés dans ce village. Il savait qu’il y aurait les funérailles d’un paysan qui s’est suicidé… »

Kishor Tiwari est le leader du Vidarbha Jan Andolan Samiti (VJAS), un mouvement paysan dont les membres sont harcelés par la police parce qu’ils ne cessent de dénoncer le « génocide » que provoquerait le coton transgénique « Bt » dans cette région agricole autrefois réputée pour la qualité de son « or blanc ». Quand il entend la réponse de Kate Tarak, il opine du chef : « Je ne vous avais rien dit pour des raisons de sécurité. Les villageois nous informent dès qu’un agriculteur s’est suicidé, et nous participons à tous les enterrements. Actuellement, dans la région, il y a en moyenne trois suicides par jour. Ce jeune homme a bu un litre de pesticide. C’est comme cela que les paysans mettent fin à leurs jours : ils utilisent les produits chimiques que le coton transgénique était censé leur épargner… »

Tandis que le cortège s’éloigne vers la rivière où le corps du jeune supplicié sera bientôt incinéré, un groupe d’hommes s’approche de mon équipe de tournage. Les regards sont méfiants, mais la présence de Kishor les rassure : « Dites au monde que le coton Bt est un désastre, s’enflamme un vieil homme. Dans notre village, c’est le deuxième suicide depuis le début de la moisson, ça ne peut qu’empirer, car les semences transgéniques n’ont rien donné !

– Ils nous ont menti, renchérit le chef du village. Ils avaient dit que ces semences magiques allaient nous permettre de gagner de l’argent, mais nous sommes tous endettés et la récolte est nulle ! Qu’allons nous devenir ? »

Nous nous dirigeons ensuite vers le village tout proche de Bhadumari, où Kishor Tiwari veut me présenter une veuve de vingt-cinq ans dont le mari s’est suicidé trois mois plus tôt. « Elle a déjà reçu un journaliste du New York Times[i], m’explique le leader paysan, et elle est prête à témoigner de nouveau. C’est très rare, car en général, les familles ont honte… » Très digne dans son sari bleu, la jeune femme nous reçoit dans la cour de sa modeste maison de terre battue, entourée de ses deux fils, âgés de trois ans et dix mois. Le plus petit s’est assoupi dans un hamac qu’elle balance d’un geste de la main au fil de la conversation, tandis que, debout derrière elle, sa belle-mère exhibe sans mot dire la photo de son défunt fils. « Il s’est tué ici même, murmure la jeune veuve. Il a profité de mon absence pour boire un bidon de pesticide. Quand je suis arrivée, il agonisait… Nous n’avons rien pu faire. »

En l’écoutant, je repense à un article paru dans The International Herald Tribune en mai 2006, où un médecin décrivait le calvaire des victimes expiatoires de l’épopée transgénique : « Les pesticides agissent sur le système nerveux ; d’abord, elles ont des convulsions, puis les produits chimiques commencent à attaquer l’estomac, qui se met à saigner, ensuite elles ont de graves difficultés respiratoires, enfin elles souffrent d’un arrêt cardiaque[ii]. »

Anil Kondba Shend, l’époux de la jeune veuve, avait trente-cinq ans. Il cultivait « trois acres et demie », soit un peu plus d’un hectare de terres. En 2006, il avait décidé d’essayer les fameuses semences du coton Bt de Monsanto, baptisées « Bollgard », tant vantées par la publicité télévisée de la firme où l’on voyait des chenilles dodues terrassées par les plants de coton transgénique : « Bollgard vous protège ! Moins d’épandage, plus de profit ! Les semences de coton Bollgard : le pouvoir de vaincre les insectes ! » Pour se procurer les précieuses semences, vendues quatre fois plus chères que les graines conventionnelles, le paysan avait dû emprunter : « À trois reprises, se souvient sa veuve, car à chaque fois qu’il a semé les graines, elles n’ont pas résisté à la pluie. Je crois qu’il devait aux négociants 60 000 roupies[1]… Je ne l’ai jamais vraiment su, car les semaines qui ont précédé sa mort, il ne parlait plus… Il était obsédé par sa dette.

– Qui sont les négociants ?, ai-je demandé.

– Ceux qui vendent les semences transgéniques, m’a répondu Kishor Tiwari. Ils fournissent aussi les engrais, les pesticides et prêtent de l’argent à des taux usuriers. Les agriculteurs sont enchaînés aux négociants de Monsanto par la dette…

– C’est un cercle vicieux, ajoute Kate Tarak, un désastre humain. Le problème, c’est que les OGM ne sont pas du tout adaptés à nos sols, car dès qu’arrive la mousson, ils regorgent d’eau. De plus, les OGM rendent les paysans complètement dépendants des forces du marché : non seulement ils doivent payer leurs semences beaucoup plus cher, mais ils doivent aussi acheter des engrais — sans lesquels la culture est vouée à l’échec — et des pesticides, car Bollgard est censé protéger contre les attaques du “ver américain de la capsule” (un insecte ravageur du coton), mais pas contre les autres insectes suceurs. Si vous ajoutez à cela que, contrairement à ce qu’affirme la publicité, Bollgard ne suffit pas à repousser les vers américains, alors c’est la catastrophe, car il faut, en plus, utiliser des insecticides.

– Monsanto dit que les OGM sont adaptés aux petits paysans : qu’en pensez-vous ?, dis-je, en repensant aux affirmations de la firme dans son Pledge de 2006.

– Notre expérience prouve que c’est un mensonge, s’insurge l’agronome. Dans le meilleur des cas, elles peuvent convenir aux gros paysans qui possèdent les meilleures terres et ont les moyens de les drainer ou de les irriguer, selon les besoins, mais pas aux petits qui représentent 70 % de la population de ce pays !

– Regardez ! », intervient Kishor Tiwari, en déployant une carte monumentale qu’il est allé chercher dans le coffre de sa voiture.

La vision est saisissante : à tout touche, des têtes de mort recouvrent ce qu’on appelle, à Vidarbha, la « ceinture du coton ». « Ce sont tous les suicidés que nous avons enregistrés entre juin 2005, date de l’introduction du coton Bt dans l’État du Maharashtra, et décembre 2006, m’explique le leader paysan. Cela fait 1 280 morts. Un toutes les huit heures ! En revanche, ici en blanc, c’est la zone où l’on produit du riz : vous voyez qu’il n’y a pratiquement pas de suicides ! C’est pourquoi nous disons que le coton Bt est en train de provoquer un véritable génocide[2]… »

Plongé sur la carte, qu’il découvre en même temps que moi, Kate Tarak me montre un petit espace où il n’y a pas de têtes de mort : « C’est le secteur de Ghatanji, dans le district de Yavatmal, m’explique-t-il avec un sourire. C’est là que mon association promeut la culture biologique auprès de cinq cents familles, réparties dans vingt villages. Vous voyez, nous n’avons pas de suicidés…

– Certes, dis-je, mais le suicide des producteurs de coton n’est pas un phénomène nouveau, il existait avant l’arrivée des OGM ?

– C’est vrai, me répond l’agronome. Mais avec le coton Bt, il s’est considérablement accentué. On constate la même évolution dans l’État de l’Andhra Pradesh, qui fut le premier à autoriser les cultures transgéniques, avant d’entrer en conflit avec Monsanto. »

Selon le gouvernement du Maharashtra, 1 920 paysans se sont suicidés entre le 1er janvier 2001 et le 19 août 2006 dans tout l’État, ce qui confirme l’accélération du phénomène après l’arrivée des semences Bt sur le marché en juin 2005[iii].

Hold-up sur le coton indien

Avant de m’envoler vers l’immense État de l’Andhra Pradesh, situé au Sud-est de l’Inde, Kishor Tiwari tient à me montrer le marché du coton de Pandharkawada, l’un des plus grands du Maharashtra. Sur la route qui y conduit, nous croisons une colonne de charrettes chargées de sacs de coton et tirées par des buffles. « Je vous préviens, me dit Kishor Tiwari, le marché est au bord de l’explosion. Les paysans sont exténués : les rendements ont été catastrophiques et le cours du coton n’a jamais été aussi bas. C’est le résultat des subventions que l’administration américaine accorde à ses agriculteurs, ce qui a un effet de dumping sur les prix internationaux[3]. »

À peine avons-nous franchi l’imposant portail du marché que nous sommes assaillis par des centaines de producteurs de coton en colère qui nous encerclent au point que nous ne pouvons plus bouger. « Cela fait plusieurs jours que nous sommes là avec notre récolte, dit l’un d’entre d’eux, en brandissant une balle de coton dans chaque main. Les négociants nous proposent un prix si bas que nous ne pouvons pas accepter. Nous avons tous une dette à payer…

– À combien s’élève votre dette ?, demande Kate Tarak.

– 52 000 roupies », répond le paysan.

S’ensuit une scène hallucinante où spontanément des dizaines de paysans clament, à tour de rôle, le montant de leur dette : « 50 000 roupies… 20 000 roupies… 15 000 roupies… 32 000 roupies… 36 000 roupies… » Rien ne semble pouvoir arrêter cette litanie qui parcourt la foule comme une irrésistible lame de fond.

« Nous ne voulons plus de coton Bt !, crie un homme que je ne parviens même pas à distinguer.

– Non !, rugissent des dizaines de voix.

– Combien d’entre vous ne vont pas replanter du coton Bt l’année prochaine ? », insiste Kate Tarak, visiblement très ému.

Se lève alors une forêt de mains que, par miracle, Guillaume Martin, le cameraman, parvient à filmer, alors que nous sommes littéralement écrasés au cœur de cette marée humaine, ce qui rend le tournage extrêmement difficile. « Le problème, soupire Kate Tarak, c’est que ces paysans auront beaucoup de mal à trouver des semences de coton non transgéniques, car Monsanto contrôle la quasi-totalité du marché… »

De fait, dès le début des années 1990, au moment où elle jetait son dévolu sur le Brésil, premier producteur mondial de soja (voir chapitre précédent), la firme de Saint-Louis préparait minutieusement le lancement de ses OGM en Inde, troisième producteur mondial de coton après la Chine et les États-Unis. Plante éminemment symbolique au pays du Mahatma Gandhi, qui fit de sa culture le fer de lance de sa résistance non-violente à l’occupant britannique, le coton est cultivé depuis plus de 5 000 ans dans le sous-continent indien. Aujourd’hui, il fait vivre plus de 17 millions de familles, principalement dans les États du Sud (Maharashtra, Gujerat, Tamil Nadu et Andhra Pradesh).

Implantée en Inde depuis 1949, la société Monsanto y représente l’un des premiers fournisseurs de produits « phytosanitaires », des herbicides et surtout des insecticides qui constituent un marché important, car le coton est très sensible à une foule de ravageurs comme le ver américain de la capsule, l’anthonome du cotonnier, la cochenille, l’araignée rouge, la chenille épineuse du cotonnier ou les pucerons. Avant l’avènement de la « révolution verte », qui poussa à la monoculture intensive du coton avec des variétés hybrides de haut rendement, les paysans indiens parvenaient à maîtriser l’attaque de ces insectes par un système de rotation des cultures et l’usage d’un insecticide biologique, obtenu à partir de feuilles de margousier. Les multiples propriétés thérapeutiques de cet arbre millénaire, appelé « neem » et vénéré comme l’« arbre gratuit » dans tous les villages du sous-continent, sont d’ailleurs tellement réputées qu’il a fait l’objet d’une dizaine de brevets déposés par des entreprises internationales. Des cas manifestes de biopiraterie qui ont conduit à d’interminables contentieux devant les offices de brevets. Ainsi, en septembre 1994, la firme chimique américaine W. R. Grace, une concurrente de Monsanto, obtenait-elle un brevet européen précisément sur la fonction fongicide du margousier, empêchant les entreprises indiennes de commercialiser leurs produits à l’étranger, sauf à payer des royalties à la multinationale, qui, par ailleurs, inonde le pays de pesticides chimiques[iv]

Or, ce sont ces mêmes pesticides chimiques qui ont provoqué la première vague de suicides chez les producteurs de coton endettés, à la fin des années 1990. De fait, l’usage intensif d’insecticides synthétiques a entraîné un phénomène bien connu des entomologistes : le développement de la résistance des insectes aux produits censés les combattre. Résultat : pour venir à bout des parasites, les paysans ont dû augmenter les doses et recourir à des molécules toujours plus toxiques. C’est tellement vrai qu’en Inde, alors que la culture du coton ne représente que 5 % des terres cultivées, celle-ci totalise, à elle seule, 55 % des pesticides utilisés.

L’ironie de l’histoire, c’est que Monsanto a su parfaitement tirer parti de cette spirale infernale que ses produits avaient contribué à créer et qui, conjuguée à la chute des cours du coton (passés de 98,2 dollars par tonne en 1995 à 49,1 en 2001), avait conduit à la mort des milliers de petits paysans : la firme a vanté les mérites du coton Bt comme l’ultime panacée, censée « réduire ou éliminer » l’usage de pesticides, ainsi que le proclame le site de sa filiale indienne.

Dès 1993, en effet, le leader des OGM négocie une licence d’utilisation de la technologie Bt avec la Maharashtra Hybrid Seeds Company (Mahyco), la principale entreprise semencière d’Inde. Deux ans plus tard, le gouvernement indien autorise l’importation d’une variété de coton Bt cultivée aux États-Unis (la « Cocker 312 », qui contient le gène « Cry1Ac »), pour que les techniciens de Mahyco puissent la croiser avec des variétés hybrides locales. En avril 1998, la firme de Saint-Louis annonce qu’elle a racheté 26 % des parts de Mahyco et qu’elle a créé avec son partenaire indien une joint-venture à 50-50, baptisée Mahyco Monsanto Biotech (MMB), destinée à la commercialisation des futures semences transgéniques de coton. Au même moment, le gouvernement indien autorise la multinationale à conduire les premiers essais en champ de coton Bt.

« Cette décision a été prise hors de tout cadre légal », dénonce Vandana Shiva, qui me reçoit dans les bureaux de sa Fondation de recherche pour la science, la technologie et l’écologie, à New Delhi, en décembre 2006. Physicienne et docteur en philosophie des sciences, cette figure internationale de l’altermondialisme a reçu en 1993 le « prix Nobel alternatif » pour son engagement en faveur de l’écologie et contre l’emprise des multinationales agrochimiques sur l’agriculture indienne. « En 1999, m’explique-t-elle, mon organisation a déposé un recours auprès de la Cour suprême pour dénoncer l’illégalité des essais réalisés par Mahyco Monsanto. En juillet 2000, alors que notre requête n’avait pas encore été examinée, ces essais ont été autorisés sur une plus grande échelle, à savoir sur une quarantaine de sites, répartis dans six États, mais les résultats n’ont jamais été communiqués, car on nous a dit qu’ils étaient confidentiels. Le Comité indien d’approbation du génie génétique avait demandé que soit testée la sécurité alimentaire des graines de coton Bt, utilisées comme fourrage pour les vaches et les buffles, et qui peuvent donc affecter la qualité du lait, ainsi que celle de l’huile de coton qui sert à la consommation humaine, mais cela n’a jamais été fait. En quelques années, Monsanto a réalisé un vrai hold-up sur le coton indien, avec la complicité des autorités gouvernementales, qui ont ouvert la porte aux OGM, en bafouant le principe de précaution que l’Inde avait pourtant toujours défendu.

– Comment cela fut-il possible ?, ai-je demandé.

– Ah !, soupire Vandana Shiva. Monsanto a fait un travail de lobbying considérable. Par exemple, en janvier 2001, une délégation américaine, composée de magistrats et de scientifiques, a rencontré fort opportunément le président de la Cour suprême, Justice A. S. Anand, à qui elle a vanté les bienfaits des biotechnologies, au moment où celui-ci devait se prononcer sur notre plainte. Dirigée par l’Institut Einstein pour la science, la santé et les tribunaux, elle lui a proposé de monter des ateliers pour former les juges sur la question des OGM[v]. Monsanto a aussi organisé plusieurs voyages à son siège de Saint-Louis, auxquels étaient invités des journalistes, des scientifiques et des juges indiens. De même, la presse a été largement sollicitée pour propager la bonne parole. Il est atterrant de voir le nombre de personnalités qui sont capables de défendre mordicus les biotechnologies, alors que manifestement elles n’y connaissent rien… »

Soit dit en passant, il n’y a pas que les « personnalités » indiennes qui sont tombées dans le panneau de Monsanto. Un communiqué de presse de la firme, daté du 3 juillet 2002, rapporte ainsi, avec une satisfaction évidente, qu’une « délégation européenne » a participé à un « tour » à Chesterfield Village, le centre de recherche sur les biotechnologies de Saint-Louis. « Cette délégation de visiteurs comptait des représentants des agences gouvernementales, d’organisations non gouvernementales, des institutions scientifiques, des agriculteurs, des consommateurs et des journalistes de douze pays qui s’intéressent aux biotechnologies et à la sécurité alimentaire », note l’auteur du communiqué[vi].

« Pensez-vous qu’il y a eu aussi des opérations de corruption ?, ai-je demandé à Vandana Shiva.

– Hum !, sourit cette dernière, en cherchant manifestement ses mots. Je n’en ai pas la preuve, mais je ne l’exclus pas. Regardez ce qui s’est passé en Indonésie… »

De fait, le 6 janvier 2005, la Security and Exchange Commission (SEC), l’organisme américain chargé de la réglementation et du contrôle des marchés financiers, déclenchait une double procédure contre la multinationale, accusée de corruption en Indonésie. D’après le procureur de la SEC, dont les conclusions sont consultables sur Internet[vii], les représentants de Monsanto à Jakarta auraient versé des pots de vin évalués à 700 000 dollars à cent quarante fonctionnaires indonésiens, entre 1997 et 2002, pour qu’ils favorisent l’introduction du coton Bt dans le pays. 374 000 dollars auraient ainsi été « offerts » à la femme d’un haut fonctionnaire du ministère de l’Agriculture pour la construction d’une demeure luxueuse. Ces donations généreuses auraient été couvertes par des fausses factures de vente de pesticides. De plus, en 2002, la filiale asiatique de la multinationale aurait versé 50 000 dollars à un haut fonctionnaire du ministère de l’Environnement pour qu’il fasse annuler un décret exigeant que soit évalué l’impact environnemental du coton Bt avant sa mise sur le marché. Loin de nier ces accusations, le leader des OGM a signé un arrangement à l’amiable avec la justice, en avril 2005, le condamnant à payer 1,5 million de dollars d’amende. « Monsanto accepte l’entière responsabilité pour ces conduites incorrectes, a déclaré Charles Burson, le chef du service juridique de la firme dans un communiqué de presse, nous regrettons sincèrement que des gens qui travaillent en notre nom se soient permis de se comporter de la sorte[viii]… »

Le dramatique échec du coton transgénique de Monsanto

Toujours est-il que le 20 février 2002, au grand dam des organisations écologistes et paysannes, le Comité d’approbation du génie génétique du gouvernement indien donne son feu vert aux cultures de coton Bt. Cela fait déjà belle lurette que les fameux négociants de Mahyco Monsanto Biotech sillonnent les campagnes du sous-continent pour vendre leurs produits transgéniques à un moment où la première vague de suicides décime les villages. Pour attirer le chaland, la firme ne lésine pas sur les moyens : elle engage une star de Bollywood pour vanter les OGM à la télévision (très regardée en Inde), tandis que des dizaines de milliers d’affiches sont apposées dans tout le pays où l’on voit des paysans tout sourire posant à côté d’un tracteur flambant neuf, prétendument acquis grâce aux bienfaits du coton Bt.

La première année, 55 000 paysans, soit 2 % des producteurs de coton indiens, acceptent de se lancer dans l’aventure transgénique. « J’ai entendu parler de ces semences miraculeuses qui allaient me libérer de l’esclavage des pesticides, témoigne en 2003 pour The Washington Post un paysan de vingt-six ans de l’Andhra Pradesh, l’un des premiers États à avoir autorisé la commercialisation des OGM (en mars 2002). La saison dernière, dès que je voyais les parasites arriver, je paniquais. J’ai pulvérisé des pesticides sur mes cultures au moins vingt fois, mais cette année, ce ne fut que trois fois[ix]. »

Indépendamment de cet avantage manifeste (qui, comme nous le verrons, disparaîtra rapidement en raison de la résistance développée par les insectes aux plantes Bt), le reste du tableau est beaucoup moins brillant, ainsi que le rapportent les paysans interrogés par The Washington Post, au terme de leur première récolte OGM : « J’ai été moins bien payé pour mon coton Bt, parce que les acheteurs ont dit que la longueur de sa fibre était trop courte, rapporte ainsi l’un d’entre eux. Les rendements n’ont pas augmenté, et comme le prix de la semence est si élevé, je me demande si cela valait la peine[x]. »

En effet, le brevetage des semences étant (pour l’heure) interdit en Inde, la firme de Saint-Louis ne peut pas faire appliquer le même système qu’en Amérique du Nord, à savoir exiger que les paysans rachètent tous les ans leurs semences sous peine de poursuite ; pour compenser ses « pertes », elle a donc décidé de se rabattre sur le prix des semences, en le quadruplant : alors qu’un paquet de 450 grammes coûte 450 roupies pour les semences conventionnelles, son prix s’élève à 1 850 roupies pour les OGM. Enfin, note mon confrère du Washington Post, « le ruineux ver américain n’a pas disparu »… Ces résultats plus que médiocres n’empêchent pas Ranjana Smetacek, la directrice des relations publiques de Monsanto India[4], de déclarer avec un bel aplomb : « Le coton Bt a très bien marché dans les cinq États où il a été cultivé[xi]. »

Les témoignages rapportés par The Washington Post ont pourtant été confirmés par plusieurs études. La première a été commanditée, dès 2002, par la Coalition pour la défense de la biodiversité (CDB) de l’Andhra Pradesh, qui regroupe cent quarante organisations de la société civile, dont la Deccan Development Society (DDS), une ONG très respectée, spécialiste de l’agriculture raisonnée et du développement durable. La CDB a demandé à deux agronomes, le docteur Abdul Qayum, ancien cadre du ministère de l’Agriculture de l’État, et Kiran Sakkhari, de comparer les résultats agricoles et économiques du coton Bollgard avec ceux du coton non transgénique, dans le district du Warangal, où 1 200 paysans avaient succombé aux promesses de Monsanto.

Pour cela, les deux scientifiques ont observé une méthodologie très rigoureuse, consistant à suivre mensuellement les cultures transgéniques, depuis les semis (août 2002) jusqu’à la fin de la saison (mars 2003), dans trois groupes expérimentaux : dans deux villages, où vingt-deux paysans avaient planté des OGM, quatre ont été sélectionnés par tirage au sort ; à la mi-saison (novembre 2002), vingt et un paysans, provenant de onze villages, ont été interrogés sur l’état de leurs cultures transgéniques, avec, à la clé, une visite de leurs champs ; enfin, à la fin de la saison (avril 2003), un bilan a été dressé auprès de 225 petits paysans, choisis de manière aléatoire parmi les 1 200 producteurs OGM du district, dont 38,2 % possédaient moins de cinq acres (deux hectares) de terres, 37,4 % entre cinq et dix acres et 24,4 % plus de dix acres (ces derniers étant considérés en Inde comme de gros paysans). Bien évidemment, dans le même temps, étaient enregistrées, avec la même rigueur, les performances des producteurs de coton conventionnel (groupe contrôle). Si je donne tous ces détails, c’est pour bien souligner qu’une étude scientifique digne de ce nom est à ce prix, à moins de n’être que de la propagande fumeuse…

Les résultats de cette vaste enquête de terrain sont sans appel : « Les coûts de production du coton Bt ont été en moyenne plus élevés de 1 092 roupies (par acre) que pour le coton non Bt, parce que la réduction de la consommation de pesticides a été très limitée, écrivent les deux agronomes. De plus, la baisse de rendement a été significative (35 %) pour le coton Bt, ce qui a entraîné une perte nette de 1 295 roupies en comparaison avec le coton non transgénique, lequel a enregistré un profit net de 5 368 roupies. 78 % des agriculteurs qui avaient cultivé du coton Bt ont déclaré qu’ils ne recommenceraient pas l’année prochaine[xii]. »

Pour donner de la chair à ce dispositif irréprochable d’un point de vue scientifique, la Deccan Development Society (DDC) a joint à l’initiative une équipe de « camerawomen aux pieds nus », pour reprendre l’expression du docteur P.V. Satheesh[5], le fondateur et directeur de l’association écologiste. Ces six femmes qui sont toutes des paysannes illettrées et dalit (elles font partie des intouchables, situés tout en bas de l’échelle sociale traditionnelle) ont été formées aux techniques vidéos dans un atelier ouvert par la DDC, en octobre 2001, dans le petit village de Pastapur et baptisé « Community Media Trust ». D’août 2002 à mars 2003, elles ont filmé mensuellement chez six petits producteurs de coton Bt du district de Warangal, également suivis par les deux agronomes de l’étude.

En résulte un film qui constitue un document exceptionnel sur l’échec des cultures transgéniques : on comprend, d’abord, tout l’espoir que les paysans ont mis dans les semences Bt. Les deux premiers mois, tout va bien : les plants sont en bonne santé et les insectes absents ; arrive le désenchantement : la taille des plants est très petite et les capsules moins nombreuses que dans les champs de coton conventionnel adjacents ; en octobre, alors qu’avec la sécheresse, les parasites ont déserté les cultures traditionnelles, les plantes OGM sont assiégées par les thrips du cotonnier et les mouches blanches ; en novembre, alors que débute la moisson, l’angoisse se peint sur les visages : les rendements sont très bas, les capsules difficiles à cueillir, la fibre du coton plus courte, d’où un prix de 20 % plus bas…

J’ai rencontré mes consœurs indiennes, un jour de décembre 2006, dans un champ de coton du Warangal, où elles étaient venues filmer, en compagnie de Abdul Qayum et Kiran Sakkhari. Je dois dire que j’ai été impressionnée par le professionnalisme de ces femmes magnifiques, qui, bébé dormant dans le dos, ont déployé caméra, pied, microphones et réverbérateur pour interviewer un groupe de paysans, désespérés par l’échec catastrophique de leurs cultures Bt.

Car depuis le premier rapport publié par les deux agronomes, la situation n’a fait qu’empirer, déclenchant la seconde vague de suicides qui gagnera bientôt l’État du Maharashtra. Inquiet de cette situation dramatique, le gouvernement de l’Andhra Pradesh a conduit à son tour une étude qui a confirmé les résultats obtenus par Abdul Qayum et Kiran Sakkhari[xiii]. Conscient des conséquences électorales que ce désastre pouvait entraîner, le ministre de l’Agriculture Raghuveera Reddy a alors sommé Mahyco Monsanto d’indemniser les agriculteurs pour l’échec de leurs cultures, ce que la firme s’est empressée d’ignorer.

FIN DE L'EXTRAIT

Photos: Marc Duployer


[1] Soit 1 090 euros (un euro équivaut alors à environ 55 roupies). Il n’existe pas de salaire minimum en Inde, mais en 2006, la plupart des ouvriers ou employés gagnaient moins de 6 000 roupies par mois.

[2] De janvier à décembre 2007, l’organisation VJAS a recensé 1 168 suicidés.

[3] Les subventions accordées aux agriculteurs américains s’élevaient à 18 milliards de dollars en 2006 (voir Fawzan Husain, « On India’s farms, a plague of suicide », New York Times, 19 septembre 2006). Trois jours après notre tournage, une émeute a éclaté sur le marché : plusieurs paysans ont été arrêtés par la police, dont Kishor Tiwari.

[4] On se souvient des « faux scientifiques » qui avaient lancé la campagne de diffamation contre Ignacio Chapela dans l’affaire du maïs mexicain (voir supra, chapitre 12) ; l’une d’entre eux s’appelait « Andura Smetacek » et Jonathan Matthews, le Britannique qui avait révélé le pot aux roses, avait noté l’étrangeté de ce « nom peu courant » : peut-être que les manipulateurs de Saint-Louis l’ont-ils tout simplement puisé dans leur vivier indien…

[5] Le nom exact du directeur de DDC est Periyapatna Venkatasubbaiah Satheesh, mais tout le monde l’appelle P.V. Satheesh.


Notes du chapitre 15

[i] Fawzan Husain, « On India’s farms, a plague of suicide », New York Times, 19 septembre 2006.

[ii] Amelia Gentleman, « Despair takes toll on Indian farmers », International Herald Tribune, 31 mai 2006.

[iii] Jaideep Hardikar, « One suicide every 8 hours », DNA India, 26 août 2006. Dans cet article, le journal de Mumbai (ex-Bombay) précise que, de sources gouvernementales, 2,8 millions de paysans de l’État (sur un total de 3,2 millions) sont endettés.

[iv] Il s’agit du brevet n° 0436257 B1 (voir mon film Les Pirates du vivant, op. cit.).

[v] Gargi Parsai, « Transgenics : US team meets CJI », The Hindu, 5 janvier 2001.

[vi] « Food, feed safety promote dialogue with european delegation », Monsanto News Release, 3 juillet 2002.

[vii] <www.sec.gov/litigation/litreleases/lr19023.htm>. Voir aussi : Peter Fritsch et Timothy Mapes, « Seed money. In Indonesia, tangle of bribes creates trouble for Monsanto », The Wall Street Journal, 5 avril 2005 ; AFP, 7 janvier 2005.

[viii] Cité par Peter Fritsch et Timothy Mapes, ibid. ; et AFP, 7 janvier 2005.

[ix] Cité par The Washington Post, 4 mai 2003.

[x] Ibid.

[xi] Ibid.

[xii] Abdul Qayum et Kiran Sakkhari, « Did Bt Cotton Save Farmers in Warangal ? A season long impact study of Bt Cotton — Kharif 2002 in Warangal District of Andhra Pradesh », AP Coalition in Defence of Diversity and Deccan Development Society, Hederabad, juin 2003, <www.ddsindia.com/www/pdf/English%20Report.pdf>.

[xiii] « Performance report of Bt cotton in Andhra Pradesh. Report of State Department of Agriculture », 2003, <www.grain.org/research_files/AP_state.pdf>.

Manoeuvres pour cacher l’augmentation drastique de la consommation d ‘herbicides aux Etats Unis

Dimanche 26 février 2012

Mon papier "Faites sans OGM" a déchaîné les lobbystes de l'industrie, preuve que j'ai touché là où ça fait mal. Normal: l'une des belles promesses des promoteurs des OGM, c'est que  ceux-ci vont permettre de réduire la quantité de pesticides utilisés. Or, c'est tout le contraire qui se produit, ainsi que j'ai pu le constater, dès 2005, en Argentine (voir mon reportage: "Argentine: le soja de la faim" et mon livre Le monde selon Monsanto). A l'heure où le débat sur les cultures OGM est de nouveau à l'ordre du jour, je reprends donc mon papier en y reproduisant in extenso l'article du Monde de Gaëlle Dupont que j'avais cité et en y ajoutant un commentaire. La vérité est là, incontournable: pour masquer l'augmentation énorme de la consommation  d'herbicides aux Etats Unis, le secrétariat à l'agriculture a trouvé une parade: il a cessé de publier les données des quantités de pesticides épandues!

Mais lisez plutôt:

Aujourd'hui, tout ce que je rapportais déjà dans mon livre a été confirmé par le dernier rapport, publié par Charles Benbrook , qui fut directeur de la division agricole de la prestigieuse Académie nationale des sciences, avant de créer un centre de promotion de l'agriculture biologique.

Intitulé "Impacts of Genetically Engineered Crops on Pesticide Use: the Firts Thirteen Years", ce rapport confirme ce que Charles Benbrook avait déjà constaté dans ses études précédents (voir mon livre et Blog "Le monde selon Monsanto"): contrairement aux promesses de Monsanto, les OGM roundup ready n'ont pas entraîné une baisse de la consommation d'herbicides, mais une augmentation de + 382 millions de livres  depuis leur introduction en 1996.

Les anglophones peuvent lire ce rapport ici:

www.organiccenter.org/science.latest.php

Les non anglophones peuvent lire cet article du Monde, publié le 29 novembre 2009 que je copie, en y ajoutant un commentaire:

mobile.lemonde.fr/planete/article/2009/11/28/aux-etats-unis-la-generalisation-des-ogm-aboutirait-a-une-surutilisation-de-pesticides_1273432_3244.html

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) permettent-ils de réduire la consommation de pesticides ? L'argument, contesté par les écologistes, est mis en avant par les entreprises de semences transgéniques. Une étude, publiée en novembre par The Organic Center, un centre de recherche américain opposé aux biotechnologies, ravive ce débat en affirmant que la généralisation du soja, du maïs, et du coton OGM aux Etats-Unis depuis 1996 a abouti à une surconsommation de pesticides de 144 000 tonnes (soit deux fois la quantité utilisée par an en France).

Le directeur scientifique du centre, Charles Benbrook, ancien directeur du bureau de l'agriculture de l'Académie des sciences américaine, devenu consultant, a utilisé les données collectées chaque année par le ministère américain de l'agriculture (USDA), qui évalue par sondage les surfaces traitées et les quantités appliquées par hectare. Ces données ne distinguant pas les plantes transgéniques des conventionnelles, M. Benbrook a donc estimé "l'impact" des biotechnologies en mettant en équation les chiffres de l'USDA avec des estimations - effectuées à partir de données publiques - des traitements appliqués en moyenne en fonction des modes de culture.

Selon ces résultats, l'utilisation de maïs et de coton génétiquement modifiés pour sécréter une toxine mortelle pour les insectes ravageurs (plantes Bt) aurait permis "d'économiser" 29 000 tonnes d'insecticides depuis 1996. En revanche, la généralisation du soja Round Up Ready (RR), conçu par Monsanto pour résister au passage de son herbicide vedette, aurait abouti à une surconsommation de 173 000 tonnes d'herbicides.

Le soja RR a conquis les agriculteurs américains : il représente 90 % des surfaces cultivées de soja. "C'est ce succès qui a entraîné l'accroissement des quantités de pesticides utilisées, affirme Charles Benbrook. L'utilisation d'un seul herbicide a favorisé l'apparition de mauvaises herbes résistantes. Plus on avance dans le temps, moins le système marche. Une seule application suffisait au départ pour contrôler les mauvaises herbes. Deux à trois sont parfois nécessaires aujourd'hui."

"DONNÉES INCOMPLÈTES"

Le rapport de M. Benbrook est contesté par le cabinet de conseil britannique PG Economics, spécialisé dans l'analyse de l'impact des biotechnologies - et en général favorable à ces dernières. "M. Benbrook utilise des données incomplètes de façon erronée", résume Graham Brookes, de PG Economics. Premier écueil : les données de l'USDA s'arrêtent en 2007 pour le coton, en 2006 pour le soja et en 2005 pour le maïs. Elles ont été complétées par extrapolation par M. Benbrook. Deuxième critique : ce dernier sous-évaluerait les traitements réalisés par les cultivateurs de soja traditionnel, peu nombreux aux Etats-Unis, donc jugés non représentatifs.

PG Economics utilise les données commercialisées par l'organisme privé DMR Kynetec, qui procède par sondage et, contrairement à l'USDA, distingue les modes de culture. Selon ces chiffres, M. Benbrook surestime l'utilisation des herbicides de 28 000 tonnes sur la période étudiée. Les mêmes données confirment toutefois une tendance à l'augmentation de l'usage des herbicides sur le soja OGM américain depuis le début des années 2000, de 10 % à 15 % par rapport à la période antérieure à 1996. Il augmente également sur le coton (de 18 % à 22 %), mais baisse sur le maïs (8 % à 12 %).

A ce débat sur les tonnages utilisés s'ajoute une controverse sur le glyphosate, la molécule active du Round Up, présentée comme moins dangereuse que celles qu'elle a remplacées. "C'est l'une des moins nocives utilisées actuellement, mais elle n'est pas sans risque", répond M. Benbrook.

Gaëlle Dupont

Mon commentaire:
Ce que ne dit pas Gaëlle Dupont c'est que Charles Benbrook ne pouvait pas utiliser les données de l'USDA de 2008, tout simplement parce que le secrétariat à l'agriculture a décidé d'arrêter de les rendre publiques!
Cette décision a provoqué de nombreuses réactions aux Etats Unis provenant d'ONG, comme Greenpeace ou WWF, mais aussi de l'Association des producteurs de soja (ASA) ou de Syngenta, le concurrent suisse de Monsanto, qui ont tous écrit à l'USDA lui demandant de revenir sur cette bien étrange décision. Seul Monsanto n'a pas écrit, ainsi que l'ont révélé plusieurs journaux ou sites comme celui-ci:

www.thedailygreen.com/environmental-news/pesticide-data-program-cut-44052108

Je traduis  ce que dit Charles Benbrook dans cet article:

"Les données de 2007 auraient montré une augmentation énorme de la quantité d'herbicides épandus sur les cultures roundup ready, en particulier de soja. Les médias agricoles ne cessent de rapporter des histoires , au cours des dernières années, au sujet d'agriculteurs confrontés à des mauvaises herbes résistantes au glyphosate et à d'autres herbicides. Je trouve curieux que le Département de l'agriculture ait décidé d'arrêter de collecter les données, précisément au moment où il y a un intérêt majeur et un besoin d'informations solides sur l'usage des pesticides dans les cultures de soja. Je ne serais pas surpris qu'il y ait eu un lobbying discret de Monsanto pour faire enterrer ce programme".

rencontre avec le Pr. Vincent Garry

Mercredi 22 février 2012

En parcourant les commentaires laissés sur mon Blog par les lobbyistes de l'industrie chimique   je constate , une fois de plus, qu'ils sont bien mal informés (comme "Wackes Seppi", qui n'a pas trouvé le Pr. Garry sur Internet ou "André" qui ne sait pas que Minneapolis est la capitale du Minnesota!!!)! Et c'est tant mieux, car cela me donne l'occasion de raconter ma rencontre avec le Pr. Vincent Garry, un biologiste réputé de l'Université de Minneapolis qui a conduit plusieurs études épidémiologiques dans la Red River Valley, dont les principales sont présentées ici:

http://www.labome.org/expert/usa/university/garry/vincent-f-garry-482738.html

Avant de transcrire les pages que j'ai consacrées à cette rencontre dans mon livre Notre poison quotidien, je voudrais raconter une anecdote tout à fait étonnante. J'avais donné rendez-vous au scientifique à Fargo (dans la Dakota du Nord), le 30 octobre 2009. Quand je suis arrivée à l'aéroport, j'ai constaté que le pied de ma caméra manquait. En fait, il avait été envoyé à ... San Diego (en Californie)! J'étais vraiment désespérée, car je voyais mal comment j'allais pouvoir trouver un pied dans cette ville paumée et aussi lugubre que dans le film des frères Coen. Le matin du 1er novembre, j'ai raconté mes déboires au Pr. Garry, au moment où ne prenions le petit déjeuner à l'hôtel. C'est alors qu'est intervenu le serveur qui avait manifestement saisi mon dépit:

- Quel est votre problème, m'a-t-il gentiment demandé.

En quelques mots, je lui ai expliqué mes problèmes,  persuadée qu'il ne pourrait pas grand chose pour moi!

- C'est une réalisatrice très connue, a glissé Vincent Garry. Elle est l'auteure du film Le monde selon Monsanto...

- You are Ms. Robin? s'est exclamé le serveur, un étudiant en biologie qui avait passé le DVD de mon film "en boucle pendant des semaines". Je peux vous aider à trouver un pied! Il y a ici une chaîne locale, dédiée à l'agriculture, je connais très bien le rédacteur en chef, s'il sait que vous êtes ici, il vous prêtera un pied, même si aujourd'hui c'est férié. je peux l'appeler sur son portable!"

Aussitôt dit, aussitôt fait... Vingt minutes plus tard, débarquait à l'hôtel Nick Kgar (dont j'ai parlé récemment sur ce blog) me proposant un pied contre une interview que j'ai évidemment acceptée!

Incroyable, mais vrai! C'est ainsi que nous avons pu filmer dans des conditions normales la visite du professeur Garry à une famille d'agriculteurs , ainsi que je l'ai raconté dans Notre poison quotidien:

Je n’oublierai jamais mon séjour à Fargo, la ville du Dakota du Nord qui donna son nom à l’un des films les plus sinistres des frères Coen. J’y suis arrivée la veille de la Toussaint 2009. Il faisait un froid glacial dans la Red River Valley toute proche, prête à accueillir la neige pendant de longs mois, avant que ne reprennent les cultures intensives de blé, de maïs, betteraves, pommes de terre ou de soja (transgénique). Dans cette région à cheval sur les États du Dakota et du Minnesota, les pesticides sont généralement épandus par avion, car la taille moyenne des exploitations agricoles dépasse plusieurs centaines d’hectares.

J’avais rendez-vous avec le professeur Vincent Garry, de l’université de Minneapolis (Minnesota), qui participa à la conférence de Wingspread sur les perturbateurs endocriniens (voir supra, chapitre 16) et dirigea trois études sur le lien entre l’exposition aux poisons agricoles et les malformations congénitales[i]. Celles-ci montraient un risque accru très significatif d’anomalies cardiovasculaires, respiratoires, urogénitales (hypospadias, cryptorchidie) et musculo-squelettiques (malformation des membres, nombre de doigts) dans les familles d’agriculteurs de la Red River Valley, mais aussi chez les riverains. Comparé avec celui des populations urbaines des États du Dakota du Nord ou du Minnesota, ce risque était multiplié de deux à quatre, selon le type d’anomalies. Lorsqu’il a étudié plus précisément les familles d’agriculteurs, Vincent Garry a constaté que les malformations congénitales et les fausses couches étaient plus fréquentes quand la conception des enfants avait lieu au printemps, c’est-à-dire au moment où sont appliqués les pesticides (notamment le Roundup de Monsanto, dont il démontra qu’il est un perturbateur endocrinien). Le chercheur a noté aussi un déficit du sexe mâle chez les enfants des utilisateurs de pesticides. Ensemble, nous avons rendu visite à David, un agriculteur d’une quarantaine d’années, dont les parents avaient participé à l’étude de 1996. Le professeur Garry avait conservé le dossier concernant la famille de David, où il apparaissait que son jeune frère était atteint de malformations congénitales graves et d’un retard mental. Je n’oublierai jamais l’attention émue et le silence embarrassé de la famille réunie autour de la table de la cuisine, quand Vincent Garry a présenté les résultats de l’étude, dont elle n’avait jamais été informée…


[i] Vincent Garry et alii, « Pesticide appliers, biocides, and birth defects in rural Minnesota », Environmental Health Perspectives, vol. 104, n° 4, 1996, p. 394-399 ; Vincent Garry et alii, « Birth defects, season of conception, and sex of children born to pesticide applicators living in the Red River valley of Minnesota, USA », Environmental Health Perspectives, vol. 110, sup. 3, 2002, p. 441-449 ; Vincent Garry et alii, « Male reproductive hormones and thyroid function in pesticide applicators in the Red River Valley of Minnesota », Journal of Toxicology and Environmental Health, vol. 66, 2003, p. 965-986.

Je mets maintenant en ligne l'interview que j'avais pré-montée pour mon film, mais que je n'ai pu garder , faute de temps. Au moment où la rencontre a lieu dans la salle à manger de la famille d'agriculteurs, visiblement très émue, l'un de leur fils, handicapé mental, dort sur une banquette de la cuisine...



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